Organiser une gouvernance à l’échelle internationale ? Certes, mais aussi au niveau local !

Organiser une gouvernance à l’échelle internationale est certes nécessaire, mais il faut aussi se positionner au niveau local, au niveau des territoires où s'effectuent les recherches, la production, le relargage des nanos dans l'environnement

Bâtir une gouvernance à l’échelle internationale


Si l’OCDE s’est dotée en 2007 d’un groupe de travail sur les nanotechnologies qui a initié une réflexion et des tables rondes sur la gouvernance des risques des nanotechnologies, son rôle se limite aujourd'hui à fournir de l’information aux Etats membres – à leur charge ensuite de mettre en place les régulations et/ou dispositifs jugés opportuns.
Les Nations unies n’ont toujours pas reconnu la nécessité de porter le sujet des nanotechnologies dans leur agenda international : aucune instance internationale n’a encore été officiellement mandatée pour coordonner les agendas des différentes agences dans le domaine des nanotechnologies.
A défaut, ETC Group a réclamé la création d'une convention internationale pour l’évaluation des nouvelles technologies (International Convention for the Evaluation of New Technologies, ICENT). Lancée en juin 2005, il s’agit de sortir des cycles de crises (avec les successions de désastres sanitaires, de crispations des opposants…) et de débats stériles basées sur des postures inefficaces, pour installer un processus transparent et permanent adossé aux Nations Unies, capable de gagner la confiance des gouvernements, de la société et de la communauté scientifique.
Le Canadian Institute for Environmental Law and Policy a quant à lui proposé que les nanotechnologies soient traitées dans le cadre des "new and emerging issues" lors de la prochaine Conférence des Parties de la Convention sur la biodiversité en octobre 2010.

... et au niveau des territoires


Outre cette nécessaire gouvernance à l'échelle internationale, une coordination des agendas des différentes institutions au niveau européen, national, régional, et local serait souhaitable.
La technologie, comme l’économie, est trop souvent déconnectée du réel, de la société ; elle ne doit pas être traitée hors sol, mais s'inscrire dans les contextes particuliers : ceux où elle est développée, appliquée, commercialisée, consommées, relarguée, en fonction des spécificités des territoires, de leurs acteurs, de leurs ressources et fragilités.
Pour ce faire, la participation de tous les acteurs de la société aux processus d'innovation est nécessaire, afin de favoriser des démarches responsables, s'inscrivant dans la durée, et attentives aux problèmes de santé, d’environnement et d’utilité sociale, ainsi que le propose VivAgora.
En effet, les citoyens, élus, chercheurs, travailleurs, syndicats, associations et industriels, seront d’autant plus mobilisés qu’ils seront directement concernés par les débats proposés, et que ces derniers le sont le plus en amont possible des stratégies de recherches publiques et privées, par exemple :
  • à Saclay, où le projet NanoInnov suscite des tensions du fait de son implantation en milieu rural et des menaces potentielles sur les espèces naturelles.
  • à Grenoble, où des initiatives portées notamment par le Collectif sur les Enjeux des Nanotechnologies (CENG) tentent de mettre en discussion les enjeux des nanotechnologies et d'intégrer davantage les citoyens aux choix scientifiques et techniques, parallèlement aux oppositions radicales menées par Pièces et Main d’œuvre (PMO).
  • à Toulouse, où siège l’Observatoire régional des Déchets industriels de Midi-Pyrénées (ORDIMIP), un groupe de travail pluraliste s’est constitué pour traiter des déchets des nanoproduits.
Bref, le slogan "think global, act local" vaut aussi pour les nanotechnologies ! Démarche ascendante et descendante doivent être combinées afin de mettre au point une gouvernance partagée des nanotechnologies.

Mathilde Detcheverry, Juin 2010