Quels risques pour notre santé ?

La dimension nano engendre des propriétés nouvelles, mais aussi des problèmes nouveaux : les nanoparticules sont tellement fines qu’elles peuvent pénétrer dans des parties du corps inaccessibles à des particules plus grosses ; elles sont aussi très réactives. Il existe très peu de données sur les impacts des nanotechnologies, même si le nombre d’études expérimentales sur le sujet augmente fortement depuis 2004. Mais, malgré le manque de données scientifiques, des raisons sérieuses laissent à penser que les nanotechnologies pourraient avoir des effets non négligeables sur notre santé…

Des particules tellement petites… qu’elles peuvent pénétrer partout !


Chacun de nous est exposé à des nanoparticules et nanomatériaux : soit par inhalation de nanoparticules dans l'air, ou par ingestion de produits alimentaires en contenant, ou encore par application sur la peau de produits ou lotions en contenant également.
Or, en raison de leur petite taille, les nanoparticules peuvent pénétrer dans tous les compartiments du corps humain. Face à elles, les barrières biologiques 1 censées assurer la protection des parties vitales du corps humain ne sont plus opérantes :
  • en dessous de 10 microns, les particules libres inhalées ont la capacité de descendre au fond des bronches.
  • en dessous de 2 nanomètres, elles peuvent passer dans le sang et être diffusées dans tous les systèmes vitaux (cerveau, reins, testicules, thymus, etc.). Le passage à travers le placenta a également été mis en évidence pour les nanoparticules plastique, ce qui induirait une exposition du fœtus à ces matériaux.
On le voit, du point de vue de notre santé, même si tous les nanomatériaux ne sont pas à mettre à la même enseigne, et malgré les divergences d'analyse entre "experts santé", la vigilance est de mise.

Des effets liés à la petite taille : ce que nous enseigne l’étude des particules ultra-fines de la pollution de l’air


Les effets des nanoparticules manufacturées sont encore largement méconnus, mais l’on sait déjà que les particules ultra-fines, issues des fumées industrielles ou des moteurs diesel, posent de nombreux problèmes : réactions allergiques, inflammations, modifications de la régulation et de l’expression des gènes. Elles augmentent aussi les risques d’affections pulmonaires, problèmes cardio-vasculaires ou cérébro-vasculaires, cancers et probablement aussi les risques de maladies neurodégénératives de type Alzheimer.
En fait, comme elles sont très petites, les particules ultra-fines ont tendance à fixer facilement les polluants cancérigènes et à favoriser leur passage dans tout l’organisme où se déploient leur toxicité. C'est ce qu'on appelle l'effet « Cheval de Troie ». En Europe, 386 000 morts prématurées seraient liées à la pollution atmosphérique aux microparticules 2.
Ces connaissances sur les particules ultra-fines peuvent être extrapolées aux nanoparticules, qui sont encore plus fines et pénètrent donc d’autant plus facilement dans les différentes parties du corps.

Nouvelles propriétés des nanomatériaux manufacturés, nouveaux risques pour la santé


Les nouvelles propriétés des nanoparticules intéressantes au niveau industriel ou médical peuvent se doubler également d'effets non recherchés et potentiellement dangereux : en raison de leur réactivité accrue, les nanoparticules peuvent devenir toxiques, alors que l’espèce chimique qui les constitue était considérée inerte, donc inoffensive.
Par exemple, les nanotubes de carbone, réputés 100 fois plus résistants que l’acier pour un poids 6 fois moindre, posent des problèmes sanitaires que ne soulèvent pas le graphite de synthèse, le noir de carbone ou le diamant, qui sont aussi constitués de carbone : sous forme nanométrique, ces substances peuvent induire des inflammations, des stress oxydatifs, des processus cancérigènes.

Accumulation des nanoparticules dans l'organisme


Un autre point préoccupant est le caractère biopersistant des nanoparticules : en règle générale, les nanoparticules pénétrant dans les tissus ne sont pas éliminées ensuite par l’organisme, car les systèmes de nettoyage du corps humain (macrophages) sont souvent mis en échec par leur petite taille. Les nanoparticules, en particulier les particules minérales, s’accumuleraient ainsi dans le corps humain…
Cette accumulation des nanoparticules dans l’organisme est le critère-clé de leur toxicité potentielle, car les réactions inflammatoires s’aggravent quand elles s’installent ou s’auto-entretiennent. Dans ce cas, on peut voir émerger des fibroses ou des cancers…

Des risques accrus également par la forte capacité de dispersion des nanomatériaux dans l'environnement


La migration des nanoparticules dans l’eau pourrait avoir des répercussions jusque dans la chaîne alimentaire, soit directement (par consommation de l'eau traitée ou de poissons contaminés), soit indirectement (par contamination des terres agricoles par exemple), et entraîner à terme des risques pour la santé des populations.
C'est pourquoi tant de chercheurs et ONG appellent à intensifier les recherches sur les risques potentiels sur la santé, voire à stopper les recherches appliquées et la commercialisation des nanos avant qu'on en sache plus.

Nathalie Fabre - Juin 2010




1 - Les barrières biologiques sont des membranes censées garantir la protection des parties vitales du corps humain (cerveau, placenta, noyaux des cellules...) contre le passage de corps étrangers.
2 - André Cicolella et Dorothée Benoit Browaeys, Alertes santé, Chapitre XIII : "Nanomonde : et si l’on parlait de sécurité sanitaire ?", Fayard, Paris, 2005