Les nanoparticules d’argent : antidote et/ou poison ?

Face aux développements rapides et exponentiels des applications du nano-argent, des scientifiques et des associations ont lancé des alertes, pour signaler de possibles effets toxiques et dénoncer des utilisations abusives, voire futiles du nano-argent. Trop d’hygiénisme menace les écosystèmes et des traitements pourtant utiles.

De possibles effets toxiques sur l'environnement


A l’heure actuelle, il existe très peu de données concernant les impacts des utilisations du nano-argent. Mais les connaissances sur l’argent classique laissent craindre de possibles effets toxiques, en particulier pour l’environnement.
En effet, l’argent est reconnu comme un « danger environnemental » par l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) : dans les années 70, les rejets massifs d’argent dans les eaux usées par l’industrie photographique avaient déjà provoqué des problèmes sérieux au niveau de la faune et de la flore aquatiques.
Aujourd'hui, il est très difficile d’évaluer la quantité d’argent (nanoparticules ou ions) rejetée dans l’environnement par les produits nano-argentés mais, dans certaines stations d’épuration américaines, on trouverait parfois une quantité de nano-argent 3 000 fois supérieure à celle relevée ailleurs... 1
En tout état de cause, si les utilisations de nano-argent sont amenées à croître massivement comme les estimations des marchés le laissent penser, on pourrait observer à terme une destruction de nombreux microorganismes aquatiques. Cela pourrait remettre en cause l'efficacité de notre actuel système de traitement des eaux usées (par destruction des microorganismes bénéfiques présents dans les bassins des stations d'épuration). Cela pourrait aussi conduire à l'intoxication des espèces poissons, avec du coup des effets sur toute la chaîne alimentaire.

Des risques pour notre santé ?


Concernant la santé humaine, certains scientifiques craignent que le nanoargent crée des problèmes au niveau des cellules et de la réplication de l’ADN.
Des scientifiques suédois ont également signalé qu'à la longue, les bactéries peuvent développer une résistance au nano-argent, qui diminuerait par conséquent l'efficacité de certains antibiotiques 2. Si ces résultats étaient confirmés, ils signifieraient que la généralisation et banalisation du nano-argent dans les produits du quotidien diminueraient son efficacité à moyen terme pour des usages qui eux sont tout à fait utiles dans le domaine médical notamment (par exemple, outre les antibiotiques, le traitement des brûlures ou des infections de la peau chez les diabétiques).

Chercheurs, associations, ONG et agences sanitaires expriment leurs préoccupations face à la multiplication des utilisations du nano-argent


Dès 2006, les chercheurs suédois Asa Melhus et Lars Hylander en ont appelé à une "surveillance internationale sur le nanoargent".
Aux Etats-Unis, de puissantes associations comme l'International Center for Technology Assessment (ICTA) militent depuis 2008 pour que le nano-argent soit soumis à la législation des biocides. Fin avril 2010, le fonctionnaire de l'agence de protection de l'environnement (EPA) en charge du dossier a fait savoir qu'une réponse serait donnée par son administration d'ici juin 2010 (après avoir préalablement annoncée la date de décembre 2009...).
Les Amis de la Terre ont également publié en juin 2009 un rapport alertant sur les multiples risques liés aux utilisations des nano-argents.
En mars 2010, dans un avis du 12 mars 2010, le Haut Conseil de la santé publique (HSCP) a émis des recommandations de vigilance relatives à la sécurité des nanoparticules d'argent. Le même mois, l'AFSSET, agence française indépendante d'expertise sanitaire, est allée plus loin dans un rapport qui recommande la restriction voire l'interdiction de certains usages du nanoargent, jugés peu essentiels (par exemple dans les chaussettes pour empêcher la formation des mauvaises odeurs), afin de ne pas prendre de risques inutiles liés aux possibles effets toxiques.
Fin 2009 et en juin 2010, l'Institut fédéral allemand d'évaluation des risques, rattaché au Ministère de l'alimentation, de l'agriculture et de la protection des consommateurs, a à son tour recommandé aux fabricants de "s'abstenir d'utiliser du nanoargent dans les produits de consommation tant que nous ne sommes pas en mesure de garantir l'absence de risques pour la santé".

Plus récemment, certaines entreprises ont également exprimé des réserves par rapport à l'usage du nano-argent


L'entreprise néo-zélandaise Fisher and Paykel aurait ainsi choisi de ne pas utiliser de nanoparticules d'argent dans ses machines à laver, contrairement à son concurrent Samsung. Selon des études menées par la première marque, laver des vêtements à 20°C avec de la lessive permet d'éliminer 99,79% des bactéries, contre 99,9% pour la machine à laver SilverCare de Samsung (confirmant les conclusions d'une étude menée en 2005 par le Bureau de protection des consommateurs de Corée était parvenu aux mêmes conclusions). L'entreprise a jugé le gain dérisoire eu égard aux potentiels problèmes que peut poser le nano-argent sur l'environnement 3.

Nathalie Fabre, Mathilde Detcheverry - Juin 2010 ; dernière mise à jour Août 2010


- Le nano-argent, c'est quoi ?
- Les nanos, c'est dangereux ?
- Quels risques pour notre santé ?
- Quels risques pour l'environnement ?

Ailleurs sur le web :
- Potential Risks of NanoSilver, Liste de publications scientifiques sur les risques du nano-argent



1 - Voir les propos d'Eric Gaffet (CNRS) lors du Nanoforum du Cnam du 2 avril 2009.
2 - Voir notamment les travaux d'Asa Melhus de l'hôpital universitaire d'Uppsala.
3 - Sustainability Council of New Zealand, The Invisible Revolution, Mai 2010, p.20