Quels risques pour l'environnement ?
L’étude des impacts des nanoparticules sur l’environnement en est encore à ses balbutiements. Néanmoins, il existe déjà des raisons sérieuses de penser que les nanoparticules pourraient générer des dommages importants pour l'environnement.
- Beaucoup d'incertitudes sur les risques pour l'environnement
- Des risques dès l'extraction et la production des nanomatériaux
- Des dégâts déjà repérés sur la faune et la flore
- Des risques accrus par :
Beaucoup d'incertitudes sur les risques pour l'environnement
Les connaissances portant sur la toxicité des nanomatériaux, leurs déplacements dans l'environnement ainsi que leur dégradation sont pour l'instant lacunaires.
De nombreux facteurs influencent le degré de risque pour l'environnement : les risques seront différents selon les divers types de nanomatériaux, l'état dans lequel ils intègrent et interagissent avec l'environnement, et l'environnement en question (plus ou moins acide, etc.).
Beaucoup d'aspects demandent à être plus étudiés afin de réduire ces incertitudes concernant leurs impacts sur l'environnement tout au long de ce qu'on appelle "le cycle de vie" des nanomatériaux - de l'extraction des matières premières utilisées pour les obtenir, à leur fabrication, leur transport, leur utilisation, leur "relargage" puis leur devenir dans l'environnement, et enfin leur dégradation et élimination (voire leur récupération puis valorisation).
Néanmoins les premiers résultats soulèvent des inquiétudes non négligeables.
Des chercheurs de l’Ohio, par exemple, ont montré que l’impact du cycle de vie des nanofibres de carbone pourrait être cent fois plus important que celui des matériaux auxquels on les substitue (comme l'aluminium, l'acier et le polypropylène).
Des risques dès l'extraction et lors de la production des nanomatériaux
Comme le rappelle le rapport Nanotechnologie et environnement : un décalage entre les discours et la réalité publié en 2009 par deux réseaux d'ONG environnementales 1, les procédés d'extraction des matières premières et de fabrication des nanomatériaux requièrent des installations et équipements sophistiqués, énormément d’eau et d’énergie (plus parfois que les procédés classiques), pour un faible rendement de production, et beaucoup de déchets. Ils utilisent et génèrent du méthane, puissant gaz à effet de serre jouant un rôle dans le réchauffement climatique.
En outre, les produits de synthèse utilisés pour leur fabrication (adjuvants et solvants comme le benzène notamment) sont toxiques et néfastes pour l'environnement.
Des dégâts déjà repérés sur la faune et la flore
La structuration originale des nanoparticules et nanomatériaux leur confère des propriétés inédites qui engendrent pour certaines des effets potentiellement toxiques pour l'environnement.
Si beaucoup d'incertitudes demeurent, de premières études ont mis en évidence des résultats préoccupants.
Des dégâts ont par exemple été repérés sur des microbes et des plantes. D'autres études ont mis en évidence des effets toxiques sur des algues, des invertébrés (moules ou vers de terre notamment) et des poissons, ou encore des céréales.
Des risques accrus par l'augmentation à prévoir du "relargage" de nanomatériaux dans l'environnement...
Les phénomènes de "relargage" des nanomatériaux dans l'environnement sont peu documentés. Certains produits, comme les chaussettes anti-odeurs, perdraient dès leurs premiers usages ou lavages une bonne partie des nanoparticules d'argent qu’elles contiennent. Des machines à laver peuvent également libérer des nanoparticules d'argent lors du lavage : nanoparticules qui se retrouvent alors dans les eaux usées, entraînant des répercussions néfastes sur la faune et la flore.
D'autre types nanomatériaux pourraient également se désolidariser des dispositifs de traitement de l'eau (par exemple les nanoparticules fixées sur des nanomembranes ou dans les autres formes de filtres).
Ceci est d'autant plus préoccupant qu'en 2006, le Project on Emerging Nanotechnologies américain (PEN) avait estimé qu’entre 2011 et 2020, 58 000 tonnes de nanomatériaux pourraient être produites dans le monde, et que leur impact écologique pourrait être équivalent à celui de 5 millions de tonnes - voire 50 milliards de tonnes - de matériaux classiques 2.
... par la forte capacité de dispersion des nanomatériaux
Le relargage des nanomatériaux dans l'environnement et leur forte capacité de dispersion pourraient avoir des répercussions sur tout l'écosystème, en affectant notamment de nombreuses bactéries qui jouent aujourd'hui un rôle bénéfique dans les écosystèmes et les stations d'épuration (sans que ces dernières ne disposent aujourd’hui des moyens nécessaires pour les filtrer, ni même les déceler !)
La migration des nanoparticules dans l’eau pourrait causer la contamination d'espaces naturels à grande échelle et de terres agricoles.
L'incertitude est forte quant au devenir des nanoparticules dans l'environnement : certaines pourraient s'agglomérer ou s'agréger et perdre du coup leur forme nanométrique et donc leur toxicité... mais rien n'est moins sûr. Sans compter que le comportement et les effets des nanoparticules agglomérées sont aussi encore largement méconnus.
... et par leur accumulation potentielle dans l'environnement et les organismes vivants
L'une des préoccupations majeures vient du fait que les nanoparticules (et notamment les nanoparticules minérales), peuvent peuvent s’accumuler dans les organismes, être transférés de génération en génération, et/ou s'accumuler au fur et à mesure qu'elles remontent la chaîne alimentaire. On parle alors de "bioaccumulation".
Schématiquement, les effets toxiques peuvent ainsi être répercutés au sein de la faune aquatique, des plus petits organismes aux petits poissons, puis aux gros poissons... et aux animaux ou hommes qui mangent à leur tour ces poissons.
Malgré ces premiers résultats préoccupants, les moyens pour identifier, prévenir et minimiser les risques restent portion congrue.
C'est pourquoi tant de chercheurs et ONG appellent à intensifier les recherches sur les risques potentiels sur l'environnement, voire à stopper les recherches appliquées et la commercialisation des nanos avant qu'on en sache plus.
Mathilde Detcheverry, Nathalie Fabre - Juin 2010
- Les nanos, c'est dangereux ?
- Au niveau scientifique, quel contrôle des risques ?
- Les applications environnementales des nanos
- Environnement : Les Nanos, un rêve écologique dévoyé ?
- Vraies ou fausses solutions à la crise écologique ?
- Les nanoparticules d’argent : antidote ou poison ?
Ailleurs sur le web :
- AFSSET, Les Nanomatériaux - Effets sur la santé de l’homme et sur l’environnement, 2006
- NanoRisks, Liste de publications scientifiques sur les risques des nanomatériaux (et notamment les risques environnementaux)
- NanoArchive, Environment, health and safety aspects of nanotechnology
1 - Le Bureau européen de l’environnement (BEE) qui fédère plus de 140 ONG dans 31 pays, et le Réseau international pour l’élimination des Polluants organiques persistants (IPEN) qui réunit plus de 700 ONG, dans plus de 80 pays.
2 - Chiffres à considérer avec vigilance, ainsi que nous le soulignons dans la rubrique "Géopolitique / Economie : La course aux nanos !"
de APlessis-Bouchard-152-1-53-197.w82-121.abo.wanadoo, le 10.06.2010 à 09:54:31
C'est, hélas, avéré au sein même du comité de pilotage de la nouvelle usine "Seine-aval" du SIAAP qui traite les eaux pluviales et usées de plus de 10 millions d'habitants. Le milliard d'euros qui est en cours d'investissement sur 10 ans permettra de respecter les normes européennes d'épuration des eaux et d'espérer une remontée de la biodiversité en Seine, en aval de Paris. Ces normes n'ont aucun indicateur permettant de déceler et d'extraire les résidus ou déchets des médicaments, dont biocides ou hormones, comme des nanotechnologies.