Les nanotechnologies, quels risques pour les pays en développement ?

Les nanotechnologies pourraient faire émerger des risques non négligeables pour lespays en développement, tant d’un point de vue environnemental et sanitaire que d’un point de vue économique et social.

La Royal Society et la Royal Academy of Engineering de Grande-Bretagne, le Meridian Institute, basé à Washington DC, les ONG ETC Group au Canada, BEDE et la Fondation Sciences Citoyennes qui soulignent les nombreux obstacles à la réalisation des potentielles promesses des nanotechnologies pour les pays en développement s’inquiètent également des risques qui pourraient émerger, tant d’un point de vue environnemental et sanitaire que d’un point de vue économique et social.

Des risques environnementaux et sanitaires exacerbés au Sud


La production, la consommation, et le (re)traitement de nanomatériaux présentent des risques environnementaux et sanitaires. Au Sud, la situation est particulièrement préoccupante, car la législation y est encore moins développée que dans les pays industrialisés, et les travailleurs, la population en général et l’environnement y sont moins bien protégés. Ces normes moins contraignantes au Sud peuvent d’ailleurs inciter certains industriels à y développer les activités « à risques » qu’ils ne veulent (ou peuvent) pas conduire sur leur propre territoire…

Risques socio-économiques : vers un accroissement de la fracture Nord/Sud et une aliénation des populations des pays en développement ?


Les inquiétudes portent également sur le risque d’accroissement des inégalités entre pays et entre catégories de populations.

Le développement des nanos pourrait accentuer la situation de dépendance des pays du Sud vis-à-vis des pays industrialisés à plus d’un titre :
  •  sur le plan industriel, la fabrication ou le traitement des nanomatériaux nécessite des infrastructures générales et des capacités technologiques sophistiquées, dont les pays en développement ne disposent que rarement.
  •  au niveau de la balance commerciale, le think-tank canadien ETC Group en 2004 et le Meridian Institute en 2007 ont mis en avant le fait que l’exportation des matières premières traditionnelles (café, cacao, coton, cuivre, caoutchouc, platine...), qui constitue l’un des principaux piliers de l'économie de nombreux pays en développement, pourrait être drastiquement réduite par le développement de nanomatériaux de substitution au Nord avec de lourdes conséquences sur les revenus et les emplois des populations au Sud.
  • au niveau agricole et alimentaire, ETC Group redoute le déplacement des paysans pauvres, et le contrôle monopolistique de brevets sur les semences et d’autres matières vivantes qui constituent la base de la production alimentaire et de la subsistance de nombreuses personnes.
Le risque de dépendance porte également directement à l’échelle locale, sur les populations. En témoigne par exemple un projet pilote de réduction des bactéries du choléra dans les eaux au Bangladesh : l'utilisation de vieux Sari (vêtements traditionnels féminins) pliés en quatre - méthode imbattable sur le plan de la simplicité et du coût ! - a permis d'éliminer 99% des bactéries de choléra présentes dans l'eau locale. Des traitements nanotechnologiques permettraient certes d'améliorer les résultats obtenus en filtrant en outre des sels et quelques autres substances. Mais bien plus coûteux, ces nanotraitements présenteraient l'inconvénient non négligeable de déposséder la population locale de la maîtrise des procédés de dépollution, le tout pour un gain dans le rendement d’élimination somme toute limité, et un coût bien plus important.

Mathilde Detcheverry - Juin 2010