Chantier urgent : Intensifier les recherches sur les risques

Les associations de protection de la santé, de l’environnement et des consommateurs sont très nombreuses à exprimer leurs vives préoccupations sur les risques sanitaires, environnementaux, et éthiques des nanotechnologies, et à demander une intensification des recherches sur les risques et les questions de santé, d'environnement et de sécurité liées aux nanotechnologies.

Des préoccupations sanitaires et environnementales récentes


Des chercheurs et associations environnementales et sanitaires ont fait part de leurs préoccupations devant les recherches et la commercialisation des nanotechnologies en cours depuis plusieurs décennies.
C'est au début des années 2000 qu'apparaissent les premières études toxicologiques et publications académiques sur les risques environnementaux et sanitaires des nanoparticules.
Parallèlement, en 2002, le roman La proie de Michael Crichton fait craindre une "gelée grise", une perte de contrôle sur les nano-objets qui viendraient à se multiplier d'eux-mêmes.
Plus sérieusement, l'association canadienne ETC Group évoque un risque de "gelée verte": une contamination environnementale par des nanodéchets que l'on ne parviendrait pas à gérer.
Ainsi que le rappelle Cientifica, groupe anglais de conseil dans son rapport sur les nanotechnologies paru en 2008, depuis 2003 "ce qui a vraiment changé, c’est le développement des préoccupations sanitaires et environnementales". "Le défi de sécurité et de protection de l’environnement vis-à-vis d’effets irréversibles est considérable".

... qui prennent de l'ampleur devant la faiblesse des moyens affectés aux recherches sur les risques


La société civile est unanime pour exiger, notamment :
  • l'intensification des recherches sur les risques sanitaires et environnementaux, dont les budgets restent pour l'instant encore portion congrue par rapport aux budgets de recherche et développement et aux investissement relatifs à leur commercialisation.
  • l'adoption de mesures pour assurer une traçabilité des nanoproduits, afin de mieux connaître l'ampleur et la nature des expositions, tout au long du cycle de vie des produits
  • la mise au point d'outils et de méthodes de toxicologie et de métrologie permettant de mesurer la toxicité des nanomatériaux et l’exposition des populations, de définir les seuils de toxicité et valeurs limite d’exposition des personnes aux nanomatériaux
Malgré ces appels à une vigilance accrue, les moyens pour identifier, prévenir et minimiser les risques restent très faibles en comparaison des budgets alloués aux recherches appliquées à des fins industrielles et commerciales.
Près de 70 associations internationales ont dès lors signé en 2007 la déclaration "Principes de surveillance des nanotechnologies et nanomatériaux", exigeant le renforcement des études sur les risques, jugées largement insuffisantes.
Aux Etats-Unis, de puissantes associations comme l'International Center for Technology Assessment (ICTA) militent depuis 2008 pour que le nano-argent soit soumis à la législation des biocides.
D’autres acteurs se montrent aussi inquiets, un peu partout dans le monde.
En France, parmi les nombreuses institutions à avoir pris position en ce sens, figure le Comité Consultatif National d’Ethique (CCNE), qui, dans son avis de février 2007, soulignait la nécessité de développer les recherches sur les risques, pour tenter de réduire les très nombreuses incertitudes.
Plus récemment, dans le cadre du débat public national sur les nanotechnologies qui s'est déroulé d'octobre 2009 à février 2010, de nombreux syndicats, industriels, ONG et autres parties prenantes ont réitéré cette demande, à travers de nombreux "cahiers d'acteurs" et autres contributions.
Quelles réponses apportera le gouvernement ?

Mathilde Detcheverry, Juin 2010