Les nanos, c'est quoi ?
En quelques années, les nanoproduits ont envahi notre vie quotidienne et se trouvent presque partout. Et pourtant nous ne sommes pas forcément informés de ces évolutions qui concernent déjà quasi tous les secteurs de l’industrie et de notre environnement immédiat. Mais au fait, les nanos, c’est quoi ?
- "Nano", une dimension minuscule avec des propriétés inédites
- Nano, un mot « fourre-tout » qui recouvre des domaines et des procédés très divers
- Trop compliqué, vous dîtes-vous, laissons ça aux experts ? Non !
- Définir les nanos... une question stratégique
"Nano", une dimension minuscule où apparaissent des phénomènes inédits
Le terme "nano" vient du grec νανός qui signifie nain. Il réfère à une dimension minuscule : un nanomètre équivaut à un milliardième de mètre !
C’est à peu près la taille d’un petit groupe d’atomes, bref des objets vraiment minuscules et invisibles à l’œil nu. Coupez diamétralement un cheveu en 50 000 et vous y êtes...
Et si nous, êtres humains, avions la taille de la planète, alors les nano-objets feraient tout au plus quelques millimètres de long…
Typiquement, on parle de "nanos" entre 1 et 100 nanomètres, mais les experts ne sont pas tous d'accord sur le seuil "plafond" à retenir ; certains considèrent qu'on peut aller jusqu'à plusieurs centaines de nm.
A l'échelle nano, la matière peut se comporter de manière différente et acquérir des propriétés inattendues ou inédites.
Nano, un mot « fourre-tout » qui recouvre des domaines et des procédés très divers
Dans la pratique, le mot « nano » recouvre en fait des réalités très diverses :
- un domaine de recherche, les nanosciences : l’étude scientifique des objets de dimension nanométrique (nanoparticules, nanomatériaux)
- un ensemble de technologies, les nanotechnologies, un terme à son tour polymorphe puisqu'il peut désigner :
- la fabrication de composants électroniques ou optiques de dimension millimétrique mais façonnés, gravés avec une finesse de quelques nanomètres (intégrés dans les gadgets électroniques ou incorporés dans des appareillages professionnels comme les circuits intégrés, lasers et composants optiques...)
- la manipulation de la matière à l’échelle nanométrique et donc la fabrication de nanomatériaux au sens de nano-objets (qu'il s'agisse de nanoparticules, fils de moins de 100 nm de diamètre, films de moins de 100 nm d'épaisseur, ...)
- les produits issus de ces développements technologiques : nanoparticules, nanomatériaux, nano-objets, nanosystèmes, nanopuces , nanorobots, nanomédicaments, etc.
Trop compliqué, vous dîtes-vous, laissons ça aux experts ? Non !
Tout le monde n'a pas nécessairement une connaissance fine du fonctionnement interne d’une caméra... pourtant chacun d’entre nous peut comprendre les questions de liberté publique soulevés par la présence de caméras de surveillance dans l’espace public par exemple. C'est pareil pour les nanos : nul besoin d’avoir une connaissance fine des procédés de fabrication nanotechnologies par exemple pour pouvoir comprendre les enjeux sanitaires, environnementaux, économiques et géopolitiques ou éthiques, très nombreux, soulevés par les nanotechnologies... à condition qu'ils soient mis sur la place publique évidemment ! C'est là un véritable défi démocratique.
Définir les nanos, une question sémantique... et stratégique !
La définition des nanos est un sujet très controversé : jusqu’à quelles dimensions est-il légitime de parler de nano-objets ? Le critère de la taille est-il suffisant pour les appréhender ? Faut-il plutôt tenir compte de la présence (ou l’absence) de propriétés liées à la dimension nanométrique ?
Bien que très techniques, ces questions de définition sont en fait stratégiques : derrière elles, sont en jeu des questions d’allocation de ressources (financement de la recherche et du développement industriel), de définition de seuils de toxicité et de contrôle (standardisation des produits, législation, etc.). Pour pouvoir encourager, encadrer ou limiter les développements des "nanos", il faut déjà savoir de quoi on parle réellement. Des efforts importants de standardisation des termes ont déjà été faits au niveau international, mais les experts ne se sont pas encore mis d'accord.
Si les experts eux-mêmes ne sont pas en mesure de définir précisément ce dont il s'agit, nous, citoyens, ne pouvons donc pas comprendre quelque chose ? Encore une fois, ne nous laissons pas impressionner par la complexité et technicité du sujet qui occultent une réalité plus simple et peu technique malgré les apparences :
- les procédés nanotechnologiques qui permettent de créer des nano-gravures de circuits électroniques par exemple sont souvent mis en avant pour promouvoir les nanos au sens large. Ils présentent un certain nombre de risques, d'ordre éthique (en terme de surveillance notamment) mais aussi d'ordre toxicologique, à cause des produits toxiques utilisés pour leur production.
- les nanoparticules, nanomatériaux, ou nano-objets qui sont produits et fabriqués pour leurs propriétés nouvelles présentent eux des risques directs pour notre santé et pour l'environnement plus importants encore que les premiers.
Nathalie Fabre et Mathilde Detcheverry - Juin 2010
- Des nanomatériaux aux propriétés nouvelles
- Les nanos, c'est où ?
- Les nanos, c'est nouveau ?
- Les nanos, c'est dangereux ?
Ailleurs sur le web :
- Blog des Citoyens Actifs et Solidaires, "Pour que l'amalgame des nanotechnologies ne cache pas l'amiante du 21e siècle", 2009