La nanomédecine en question(s)

De très nombreuses applications des nanotechnologies sont attendues dans le domaine de la médecine, notamment pour améliorer le dépistage et le diagnostic des maladies ou pour soigner plus efficacement certaines maladies, comme les cancers. Quelles sont les réalités derrière les effets d'annonce ? Quelles vigilances sont à exercer pour éviter risques et dérives ?

Des progrès attendus... pour aujourd'hui ou pour demain ?


Si certaines applications ont déjà été mises sur le marché, la nanomédecine en reste encore à ses balbutiements : peu de nouveaux "nanomédicaments" ont atteint le stade de l’essai clinique, et la régulation entourant la mise sur le marché des médicaments est relativement stricte.
La prudence est donc de mise pour évoquer certaines perspectives tant qu’elles ne sont pas assurées de voir réellement le jour.
Dans un contexte d'intense activité scientifique, de compétition économique, et d'incertitude sur les risques, il est souvent difficile de distinguer ce qui relève de l'effet d'annonce ou de la réalité des avancées techniques. La toxicité des dispositifs utilisés doit en effet être soigneusement évaluée, car les nanotechnologies qui permettent de suivre la vie d’une cellule ou d’améliorer le contraste de l’imagerie médicale par exemple, peuvent aussi nuire à l’organisme…

Les dérives possibles de la nano-médecine


Les promesses souvent vantées de la nano-médecine ne doivent pas faire oublier les risques liés à ses développements : il faut rester prudent, pour éviter notamment :
Les partisans de la médecine douce s'inquiètent par exemple du programme financé par la fondation Bill & Melinda Gates en 2010 visant à créer des vaccins "à libération provoquée par la sueur" se basant sur des nanoparticules traversant la peau humaine et dont ils redoutent qu'ils puissent être utilisés pour vacciner des populations à leur insu.
Cette préoccupation rejoint celle soulevée par des procédés nanotechnologiques développés par des chercheurs de l'université de Floride visant à contrôler la prise (ou non...) des médicaments par les patients !

Des préjudices possibles pour nos politiques de santé ?


L’engouement pour la nanomédecine conduit à accaparer une partie conséquente des budgets en recherche médicale et pose la question de l’accès aux soins médicaux à l'heure où, dans le monde entier, les systèmes de soin sont en crise et que, paradoxalement, la grande majorité des gens meurent de maladies que nous savons soigner mais dont les traitements ne leur sont pas financièrement accessibles.
Les systèmes classiques de sécurité sociale pourront-ils prendre en charge les nouveaux traitements dont le coût est très élevé, et si oui, le feront-ils de manière équitable, en offrant la possibilité à tous d’en bénéficier ? Si non, la prise en charge serait assurée uniquement par les assurances privées, empêchant de fait l’accès du plus grand nombre à ces thérapies très coûteuses, et réservant les bénéfices des nanotechnologies à une minorité.
Certains acteurs, comme ETC Group, estiment que ces investissements se font au détriment d’autres recherches jugées plus essentielles, comme la recherche sur les aspects non médicaux de la santé – la prévention notamment – ou les traitements des maladies des pays du Sud. Ils dénoncent un marché qui, sous couvert d’intentions louables, servirait surtout à accroître le monopole des géants pharmaceutiques, en transformant chaque personne en patient, et chaque patient en client rentable, par la médicalisation des maux sociaux à coup de médicaments et de dispositifs médicaux…
Il s'agit au final d'un choix politique, au sens noble du terme : la définition des priorités dans la répartition du financement des politiques de santé.

Nathalie Fabre, Mathilde Detcheverry, Ermelinde Malcotte - Juin 2010, dernière mise à jour Août 2010