Le positionnement de la France dans la course aux nanos

"Donner à l'industrie française les moyens de réussir le virage des nanotechnologies" : voilà l'objectif affiché de nombreux programmes de recherche et plans de financement français. Quelle est la réalité du positionnement des compétences françaises dans la course aux nanotechnologies ?

La France au 5ème rang mondial de la recherche nano majoritairement subventionnée par des financements publics


En 2006, la France occupait la 5ème place dans la production scientifique mondiale sur les nanotechnologies.
Avec 4000 chercheurs publics travaillant dans ces domaines, elle assure plus de 5% du nombre total de publications sur les nanotechnologies (3 526 publications en 2006).
Cette très bonne position en matière de recherche s’explique par les fonds publics très importants dont bénéficie le secteur : en France, le programme « nano » est celui qui est le plus financé par l’Agence nationale de la recherche (ANR).
Avec environ 67 millions d’euros versés par l’Etat à la recherche sur les nanomatériaux, la France constitue le quatrième pays en termes de financement public des nanomatériaux (derrière les Etats-Unis, le Japon et l’Allemagne).
Le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) a joué un rôle structurant, mobilisant des fonds publics importants dans le secteur de l’électronique, pour Minatec à Grenoble, Minalogic puis Crolles 2. En 2009, deux projets phares ont été lancés :
- NanoInnov qui repose, entre autres, sur la création de centres d'intégration des nanotechnologies à Grenoble, Saclay et Toulouse, et qui bénéficie d’un financement de 70 millions d’euros dès 2009
- Nano2012 (qui fait suite à Crolles 2), dont le budget de 2,3 milliards d’euros est assumé à hauteur de 477 millions par l’Etat et 667 millions par les collectivités locales.

Des investissements privés et des développements industriels plus modérés


Les investissements privés en R&D augmentent mais sont encore faibles. Ils ne constituent que 30% du total du financement de la recherche (contre 60% aux Etats-Unis, 65% au Japon ou 70% en Allemagne).
Les entreprises françaises touchant à ce domaine sont encore peu nombreuses et souvent fragiles, même si de grandes entreprises sont néanmoins présentes. Sur le plan industriel, les Etats-Unis sont largement leaders avec 52% des sociétés positionnées sur les nanotechnologies (dont 50% de start-up). La Chine se situe en deuxième position, loin devant la France qui ne comptait qu’environ 170 sociétés en 2008.

La France, leader dans les domaines de l’imagerie médicale et de la cosmétique


Avec deux centres académiques de dimension internationale et environ douze sociétés implantés autour de Lyon et de Paris, la France est en avance par rapport aux autres zones géographiques dans les domaines de l’imagerie médicale et de la cosmétique. Sur les applications santé, hygiène, beauté, elle semble la plus à même d’intégrer des nanomatériaux à brève échéance.

Autres domaines à opportunités pour l’industrie française


En 2007, trois autres domaines ont été identifiés par le Ministère de l’Industrie, comme particulièrement porteurs en termes de potentiel économique et de date d’accès au marché pour la filière des nanomatériaux française. Il s’agit des domaines des :
- Transports, où la France et l’Europe sont très bien positionnés et où il existe des perspectives de marché à court et moyen terme
- Énergie et environnement : la France est économiquement très présente, mais le Japon reste leader
- Matériaux pour l’électronique (hors silice) : sur l’ensemble des thématiques des matériaux pour l’électronique, la France talonne les américains qui sont les plus avancés.

Nathalie Fabre - Juin 2010