Le CEA, acteur de premier plan des recherches nano en France

Le CEA est aujourd’hui un acteur majeur - sinon l'acteur de premier plan - de la recherche et de l'innovation nanotechnologiques en France. Il est moins proactif en matière de réflexion et de pratiques éthiques et démocratiques.

Le CEA, c'est quoi ?


Le Commissariat à l’Energie Atomique (CEA) est un institut de recherche public. Il emploie environ 15000 personnes dans différents centres de recherche.
Créé après la Seconde Guerre Mondiale afin de développer la recherche et les capacités industrielles nationales dans le domaine de l’énergie nucléaire, il a ensuite développé des activités de recherche civile et militaire, en étendant progressivement ses domaines d’intérêt vers les sciences de la vie et la physique du solide.
Une grande partie des travaux de recherche du CEA est aujourd'hui en lien direct avec le développement industriel : le dépôt de brevets y est encouragé et de nombreuses "jeunes pousses" (spin-offs) sont issues de ses laboratoires.

Le CEA rime avec atomique mais aussi avec nanotechnologique...


Les activités du CEA dans les nanotechnologies se sont fortement développées depuis la fin des années 1990.
Le CEA est aujourd’hui un acteur majeur de la recherche en nanotechnologies en France, à travers notamment deux centres de recherche spécialisés en nanoélectronique et nanobiotechnologies principalement :
  • A Grenoble, le CEA est un acteur majeur du centre Minatec, du pôle de compétitivité Minalogic puis Crolles 2, et du projet Nanobio, consacré au nano-biotechnologies, qui ont donné lieu à une vive contestation par des militants locaux regroupés au sein du collectif Pièces et Main d'oeuvre. Les centres de recherche y sont entourés de barbelés...
  • A Saclay (au sud de Paris), le plan de développement local prévoit d’intégrer le CEA dans une future plateforme associant de nombreuses institutions de recherche.
Le CEA est également impliqué dans plusieurs projets européens de grande ampleur, notamment Nano2Life, un réseau d'experts européens en nano-biotechnologies.

et avec comité d'éthique et démocratie technique ?


Afin de répondre à la demande d’information, le CEA porte depuis 2008, et conjointement avec l’Université Joseph Fourier (UJF), le portail Nanosmile dans le cadre de GIANT et MINATEC. Le contenu du site, très technique, semble à ce jour plus destiné aux chercheurs, industriels et étudiants du domaine qu'aux consommateurs et citoyens dont nous relayons les préoccupations sur ce site.
Une nouvelle version de Nanosmile sera disponible le 14 juin, avec une mise à jour des contenus, de nouvelles ressources (9 cartoons, 9 animations, 9 vidéos, 36 QUIZZ).

Dans une interview parue dans Techniques de l'Ingénieur, Gérard Toulouse, membre du comité éthique INRA-CIRAD, dénonçait en mars 2010 le fait que le CEA et le CNES, Centre national d'études spatiales, sont parmi les seuls organismes de recherche français à ne pas s'être doté de comité d'éthique, pourtant exigé par un Comité interministériel de 1998. Il interroge : "Considèrent-ils vraiment que leurs activités, et leurs gouvernances hiérarchiques, sont incompatibles avec l’existence d’une instance de délibération pluraliste ? Si tel est le cas, ce serait consternant, au regard des évolutions qui se font ailleurs, en Europe et dans le monde. Et sinon, pourquoi différer sans cesse un aggiornamento aussi sage et raisonnable ?"

Le mois précédent, dans une contribution au débat public national, le CEA avait argué que "l'analyse des questions éthiques en lien avec les nanosciences ne peut se limiter à un seul organisme voire à un seul pays" et que le CEA fait partie de réseaux européens et internationaux. Il s'appuie notamment sur :
  • les structures compétentes par domaine d’activité comme les comités d’éthique médicale ou le comité d'éthique de l'INSERM pour les technologies pour la santé ou la CNIL pour ce qui relève de son domaine et de la protection de données individuelles en particulier.
  • le réseau d'excellence européen Nano2Life sur les nanobiotechnologies, coordonné par le CEA, qui a mis en place un comité d’éthique à l’échelle d’une communauté transnationale
  • les travaux du LARSIM (Laboratoire de Recherche sur les Sciences de la Matière du CEA) regroupant à Saclay philosophes, physiciens et épistémologues, et coordinateur pour la France du projet d’observatoire européen des nanotechnologies
  • les relations existant avec les facultés des Sciences Humaines et Sociales (SHS) de l'Université de Grenoble
  • le projet NanoCode

Avec quelles répercussions sur les programmes de recherche développés par le CEA ? Nous tenterons d'en savoir plus à ce sujet et reviendrons vers vous quand nous aurons mené cette investigation !

Mathilde Detcheverry et Dorothée Benoit Browaeys - Juin 2010




- Dorothée Benoit-Browaeys, Le projet Clinatec est-il démocratiquement soutenable ?, VivAgora, 2008
- Groupe Écologie & Solidarité - ÉluEs Verts, Ades, Alternatifs, Clinatec, la santé publique classée secret industriel, 2009
- Jean-Philippe Bourgouin, Questions éthiques et nanotechnologies au CEA, contribution au Débat public national, février 2010