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Les nanotubes de carbone - utilisés pour renforcer plastiques, ciments et tissus - vont-ils être interdits dans le domaine de l'électronique par l’Europe ? La même question se pose pour le nano-argent, à la fois dans le domaine de l’électronique mais également dans le domaine des biocides.
Alors même que les parlementaires européens se penchent sur ces questions, les annonces d’industriels et de chercheurs sur les bienfaits, les applications potentielles, la production ou la commercialisation des produits incriminés se multiplient.
Vers une interdiction du nano-argent dans les biocides ?
Des nanoparticules (d’argent, de dioxyde de titane notamment) sont de plus en plus utilisées dans les biocides (les substances chimiques telles que les pesticides, produits phytosanitaires ou phytopharmaceutiques, antibiotiques, et désinfectants).
Alors que l'Agence de protection de l'environnement américaine (EPA) devrait annoncer ce mois-ci si le nano-argent sera soumis à la législation américaine sur les biocides (ainsi que nous l’annoncions ici) la semaine dernière, les députés européens de la commission Environnement du Parlement vont également se prononcer ce mois-ci, dans le cadre européen, et sur l’ensemble des nanomatériaux, dans le cadre d’une proposition émanant de la Commission européenne concernant la régulation des biocides. Le Bureau européen de l'environnement (BEE) et le réseau d’action sur les pesticides allemand PAN Germany demandent :
- l’interdiction des substances contenant des nanomatériaux
- l’exclusion de la liste des produits dits à faible risque des produits contenant des nanomatériaux
- la mention sur l’étiquette de la présence de nanomatériaux
- la production d’un rapport bisannuel par la commission européenne sur l’évaluation des risques sanitaires et environnementaux des nano-biocides.
Les députés appliqueront-ils le principe de précaution comme ils viennent de le faire dans le cas de la nano-électronique ?
Vers une interdiction des nanotubes de carbone et du nano-argent dans les équipements électriques et électroniques ?
Lors du vote d’amendements relatifs à la directive relative à la limitation de l’utilisation de certaines substances dangereuses (directive LdSD), les députés européens de la même commission Environnement ont demandé :
- l’interdiction du nano-argent et des nanotubes de carbone dans les équipements électriques et électroniques (EEE)
- un étiquetage spécifique des autres EEE contenant des nanomatériaux
- la communication à la Commission européenne par les fabricants des données de sécurité concernant leurs EEE
- l’évaluation par la commission de la sécurité sanitaire et environnementale des EEE
Ce vote préliminaire constitue un véritable succès, obtenu "malgré les pressions importantes exercées par le secteur de l’industrie chimique" souligne Jill Evans, députée (Verts/ALE) en charge de cette législation au sein du Parlement. Le Bureau européen de l'environnement (BEE) se félicite également de cette avancée qui reste néanmoins à être confirmé par le Parlement en session plénière en juillet. Nul doute que les industries concernées entreprendront un travail intense de lobbying auprès des députés européens.
A ce propos, trois séminaires en lien avec ce sujet sont organisés à l’initiative d’organisations membres du réseau citoyen ETAL (pour l’Encadrement et la Transparence des activités de lobbying) dont le 1er se tiendra le 22 juin à Paris sur le thème : Lobbying : bataille des mots, bataille des idées, enjeu culturel ?
Si nous avons aujourd’hui une très faible visibilité sur les actions de lobbying menées dans les coulisses de Bruxelles ou de Washington par les industriels, certaines entreprises et universités enchaînent les communiqués de presse sur les bienfaits, les applications potentielles, la production ou la commercialisation des produits incriminés.
Des scientifiques du département de physique de l’université de Göteborg en Suède viennent par exemple de diffuser des résultats de travaux qui pourraient conduire à remplacer le silicium des ordinateurs par des nanotubes de carbone dans les dix ans à venir, pour "une plus grande rapidité" et "une moindre consommation d’énergie" - alors que d’autres recherches ont remis en question cette dernière allégation.
Au même moment, Arkema dit avoir obtenu l’autorisation de commercialisation de ses nanotubes de carbone multiparois aux Etats-Unis. L’entreprise confirme à cette occasion le démarrage de son unité pilote française de production de nanotubes de carbone prévu pour 2011 ; construite dans les Pyrénées Atlantiques, elle devrait avoir une capacité de 400 tonnes/an.
En Amérique du Sud, la création de la première usine productrice du Brésil, CTNanotubos, a été annoncée par les Bulletins Electroniques dans le parc technologique de l'Université Fédérale brésilienne du Minas Gerais (UFMG) qui mène des recherches sur les nanotubes de carbone depuis une dizaine d’années. CTNanotubos bénéficie de l'appui de Petrobras, le géant de l'énergie brésilien.
Dernier exemple de communiqué de presse dans le registre de la promesse… qui pourrait tourner au cauchemar Big Brother : des chercheurs de l’université de Floride communiquent aujourd’hui sur le dispositif qu’ils ont mis au point pour enrober des comprimés avec du nanoargent et les doter de puces RFID afin que le médecin ou la famille puisse détecter si les patients ont bien pris leurs comprimés. A noter : les chercheurs, qui ont bénéficié de 700 000 dollars pour leurs recherches, prétendent que le nano-argent n’est pas toxique, ce qui est contesté. Surtout les questions en termes de dérive, de surveillance et d’atteinte aux libertés individuelles ne sont pas évoquées… Croit-on que les perspectives de marchés pour les compagnies pharmaceutiques et équipementiers électroniques suffiront à faire avaler la pilule aux citoyens ?
On le voit - et on le verra encore - le marketing est une stratégie dont chercheurs et industries savent user. D’autres stratégies sont utilisées tour à tour en fonction de la représentation qu’ont les entreprises des attentes de leurs clients :
- le déni, encore illustré cette semaine passé :
- ou encore, et de façon plus nouvelle, l’envoi de signaux se voulant rassurants de la part de l’industrie. Avec, une fois n'est pas coutume, une voix discordante : lors du Sommet sur les énergies nano renouvelables qui s’est tenu à Denver fin mai, le reporter du New Heaven Independant a noté l’intervention très remarquée du PDG de l’entreprise NanoInk qui a appelé à une prise en charge par les industriels eux-mêmes des études de toxicité des nanomatériaux afin de combler le déficit de données et de connaissances sur le sujet. Une façon de mettre fin aux critiques qui ont flambé dans les médias ces derniers temps ? Une exception notable en tout cas, qui confirme la règle souvent de rigueur dans le monde industriel qui préfère souvent dire que "la situation est sous contrôle".
Voilà en tout cas de quoi nourrir le nouveau plan d’action sur les nanotechnologies en Europe pour la période 2010-2015 que la Commission européenne est en train de préparer : espérons qu’elle saura donc s’enrichir des voix qui se sont exprimées lors de la consultation menée entre décembre 2009 et février 2010 et que la commission vient de synthétiser dans un rapport sorti la semaine dernière, mais aussi de tous les autres acteurs de la société civile qui militent pour une plus grande transparence et sécurité, ainsi qu’une prise en charge par les politiques de ces questions techniques mais dont on voit ici qu’elles soulèvent aussi des questions politiques et éthiques majeures.
- Les nanos, c'est dangereux ?
- Les nanoparticules d’argent : antidote ou poison ?
- Nanotubes de carbone
- Assurer la traçabilité des nanoproduits
La Revue de l'actu des nanos, 8 juin 2010
Télescopage des calendriers législatif, associatif, industriel et académique autour du nano-argent et des nanotubes de carbone.
Les nanotubes de carbone - utilisés pour renforcer plastiques, ciments et tissus - vont-ils être interdits dans le domaine de l'électronique par l’Europe ? La même question se pose pour le nano-argent, à la fois dans le domaine de l’électronique mais également dans le domaine des biocides.
Alors même que les parlementaires européens se penchent sur ces questions, les annonces d’industriels et de chercheurs sur les bienfaits, les applications potentielles, la production ou la commercialisation des produits incriminés se multiplient.
Mais toutes ces allégations, dénis, promesses ou effets d'annonce des industriels parviendront-ils à faire avaler la pilule aux consommateurs, citoyens, associations ?
- La commission Environnement du Parlement européen se penche sur le nano-argent et les nanotubes de carbone
- Au même moment, industriels et chercheurs annoncent leur production et commercialisation et se répandent en promesses…
- … ou essaient de nous faire avaler la pilule…
La commission Environnement du Parlement européen se penche sur les nanotubes de carbone et le nano-argent
Vers une interdiction du nano-argent dans les biocides ?
Des nanoparticules (d’argent, de dioxyde de titane notamment) sont de plus en plus utilisées dans les biocides (les substances chimiques telles que les pesticides, produits phytosanitaires ou phytopharmaceutiques, antibiotiques, et désinfectants).
Alors que l'Agence de protection de l'environnement américaine (EPA) devrait annoncer ce mois-ci si le nano-argent sera soumis à la législation américaine sur les biocides (ainsi que nous l’annoncions ici) la semaine dernière, les députés européens de la commission Environnement du Parlement vont également se prononcer ce mois-ci, dans le cadre européen, et sur l’ensemble des nanomatériaux, dans le cadre d’une proposition émanant de la Commission européenne concernant la régulation des biocides. Le Bureau européen de l'environnement (BEE) et le réseau d’action sur les pesticides allemand PAN Germany demandent :
- l’interdiction des substances contenant des nanomatériaux
- l’exclusion de la liste des produits dits à faible risque des produits contenant des nanomatériaux
- la mention sur l’étiquette de la présence de nanomatériaux
- la production d’un rapport bisannuel par la commission européenne sur l’évaluation des risques sanitaires et environnementaux des nano-biocides.
Les députés appliqueront-ils le principe de précaution comme ils viennent de le faire dans le cas de la nano-électronique ?
Vers une interdiction des nanotubes de carbone et du nano-argent dans les équipements électriques et électroniques ?
Lors du vote d’amendements relatifs à la directive relative à la limitation de l’utilisation de certaines substances dangereuses (directive LdSD), les députés européens de la même commission Environnement ont demandé :
- l’interdiction du nano-argent et des nanotubes de carbone dans les équipements électriques et électroniques (EEE)
- un étiquetage spécifique des autres EEE contenant des nanomatériaux
- la communication à la Commission européenne par les fabricants des données de sécurité concernant leurs EEE
- l’évaluation par la commission de la sécurité sanitaire et environnementale des EEE
Ce vote préliminaire constitue un véritable succès, obtenu "malgré les pressions importantes exercées par le secteur de l’industrie chimique" souligne Jill Evans, députée (Verts/ALE) en charge de cette législation au sein du Parlement. Le Bureau européen de l'environnement (BEE) se félicite également de cette avancée qui reste néanmoins à être confirmé par le Parlement en session plénière en juillet. Nul doute que les industries concernées entreprendront un travail intense de lobbying auprès des députés européens.
A ce propos, trois séminaires en lien avec ce sujet sont organisés à l’initiative d’organisations membres du réseau citoyen ETAL (pour l’Encadrement et la Transparence des activités de lobbying) dont le 1er se tiendra le 22 juin à Paris sur le thème : Lobbying : bataille des mots, bataille des idées, enjeu culturel ?
Au même moment, aux Etats-Unis mais aussi en Europe, industriels et chercheurs annoncent la production, commercialisation et les promesses des produits incriminés
Si nous avons aujourd’hui une très faible visibilité sur les actions de lobbying menées dans les coulisses de Bruxelles ou de Washington par les industriels, certaines entreprises et universités enchaînent les communiqués de presse sur les bienfaits, les applications potentielles, la production ou la commercialisation des produits incriminés.
Des scientifiques du département de physique de l’université de Göteborg en Suède viennent par exemple de diffuser des résultats de travaux qui pourraient conduire à remplacer le silicium des ordinateurs par des nanotubes de carbone dans les dix ans à venir, pour "une plus grande rapidité" et "une moindre consommation d’énergie" - alors que d’autres recherches ont remis en question cette dernière allégation.
Au même moment, Arkema dit avoir obtenu l’autorisation de commercialisation de ses nanotubes de carbone multiparois aux Etats-Unis. L’entreprise confirme à cette occasion le démarrage de son unité pilote française de production de nanotubes de carbone prévu pour 2011 ; construite dans les Pyrénées Atlantiques, elle devrait avoir une capacité de 400 tonnes/an.
En Amérique du Sud, la création de la première usine productrice du Brésil, CTNanotubos, a été annoncée par les Bulletins Electroniques dans le parc technologique de l'Université Fédérale brésilienne du Minas Gerais (UFMG) qui mène des recherches sur les nanotubes de carbone depuis une dizaine d’années. CTNanotubos bénéficie de l'appui de Petrobras, le géant de l'énergie brésilien.
Dernier exemple de communiqué de presse dans le registre de la promesse… qui pourrait tourner au cauchemar Big Brother : des chercheurs de l’université de Floride communiquent aujourd’hui sur le dispositif qu’ils ont mis au point pour enrober des comprimés avec du nanoargent et les doter de puces RFID afin que le médecin ou la famille puisse détecter si les patients ont bien pris leurs comprimés. A noter : les chercheurs, qui ont bénéficié de 700 000 dollars pour leurs recherches, prétendent que le nano-argent n’est pas toxique, ce qui est contesté. Surtout les questions en termes de dérive, de surveillance et d’atteinte aux libertés individuelles ne sont pas évoquées… Croit-on que les perspectives de marchés pour les compagnies pharmaceutiques et équipementiers électroniques suffiront à faire avaler la pilule aux citoyens ?
… ou essaient de nous faire avaler la pilule…
On le voit - et on le verra encore - le marketing est une stratégie dont chercheurs et industries savent user. D’autres stratégies sont utilisées tour à tour en fonction de la représentation qu’ont les entreprises des attentes de leurs clients :
- le déni, encore illustré cette semaine passé :
- par VivAgora qui rapporte comment Italcementi a nié, le mois dernier, utiliser ou fabriquer des nanoparticules et nanomatériaux alors que le même groupe avait reconnu en 2007 que des nanoparticules de dioxyde de titane entraient dans la composition de leurs ciments auto-nettoyants et dépolluants.
- par les Amis de la Terre, qui dénoncent le fait que de nombreuses marques de cosmétiques refusent de révéler si leur produits solaires contiennent ou non des nanoparticules.
- ou encore, et de façon plus nouvelle, l’envoi de signaux se voulant rassurants de la part de l’industrie. Avec, une fois n'est pas coutume, une voix discordante : lors du Sommet sur les énergies nano renouvelables qui s’est tenu à Denver fin mai, le reporter du New Heaven Independant a noté l’intervention très remarquée du PDG de l’entreprise NanoInk qui a appelé à une prise en charge par les industriels eux-mêmes des études de toxicité des nanomatériaux afin de combler le déficit de données et de connaissances sur le sujet. Une façon de mettre fin aux critiques qui ont flambé dans les médias ces derniers temps ? Une exception notable en tout cas, qui confirme la règle souvent de rigueur dans le monde industriel qui préfère souvent dire que "la situation est sous contrôle".
Voilà en tout cas de quoi nourrir le nouveau plan d’action sur les nanotechnologies en Europe pour la période 2010-2015 que la Commission européenne est en train de préparer : espérons qu’elle saura donc s’enrichir des voix qui se sont exprimées lors de la consultation menée entre décembre 2009 et février 2010 et que la commission vient de synthétiser dans un rapport sorti la semaine dernière, mais aussi de tous les autres acteurs de la société civile qui militent pour une plus grande transparence et sécurité, ainsi qu’une prise en charge par les politiques de ces questions techniques mais dont on voit ici qu’elles soulèvent aussi des questions politiques et éthiques majeures.
- Les nanos, c'est dangereux ?
- Les nanoparticules d’argent : antidote ou poison ?
- Nanotubes de carbone
- Assurer la traçabilité des nanoproduits