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Aux Etats-Unis, un reportage de la chaîne Fox a provoqué une levée de boucliers au sein des associations de défense de l'environnement : une entreprise a demandé à l'Agence de protection de l'environnement américaine (EPA) l'autorisation de déverser des nanoparticules dans le golfe du Mexique pour "manger le pétrole" échappé de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon qui provoque une véritable marée noire sur les côtes américaines.
Les Amis de la Terre USA ont lancé l'alerte et, avec le soutien d'autres ONG et scientifiques, adressé une lettre ouverte le 20 mai dernier à l'EPA, afin de contrer cette démarche dont ils redoutent qu'elle pourrait impliquer elle-même des dégâts sur l'environnement.
La fiche de sécurité du produit, l'entreprise Green Earth Techology ne présente aucune information sur le type de nanoparticules en question. Les seules informations fournies initialement par l'entreprise parlaient d'une "émulsion nano", des nanocapsules de 1 à 4 nanomètres de diamètre, dont la nature est protégée... par le secret industriel !
Reprise dans la presse (voir notamment la couverture médiatique réalisée par AOL), l'alerte montre que la société civile a gagné en réactivité et en visibilité sur la question des nanotechnologies - au moins dans le domaine de l'environnement. Mais ainsi que WWF France nous l'a fait remarquer, la prudence est de rigueur tant devant les allégations des entreprises que celles des ONG qui ont lancé l'alerte.
De fait, la compagnie a rétorqué, ce 28 mai 2010, par une lettre ouverte adressée à ses clients et à ses actionnaires, afin de rectifier, selon elle, des affirmations erronées.
Sur son blog 2020Science, le toxicologue Andrew Maynard confirme que l'assimilation des nanoparticules proposées par l'entreprise (des nanomicelles) à d'autres nanomatériaux dont les risques sont plus documentés est réductrice. Mais il souligne aussi que de nombreuses incertitudes demeurent sur leur devenir dans l'eau.
Cette alerte, même si sujette à controverse, a au moins le mérite de soulever des questions de fond sur les risques de certaines nanoparticules et des limites du secret industriel et de l'absence d'étiquetage. Car, ainsi que le souligne François Thoreau, sur Citizen Brain, les firmes se retrouvent face à un intéressant paradoxe dans leur stratégie de communication : vanter la performance technologique inégalée des nanos est intéressant pour décrocher des marchés, mais peut coûter cher si des ONG, l'opinion et les autorités y regardent de plus près - et trouvent, à tort ou à raison - des éléments douteux.
Espérons en tout cas que cet épisode permettra d'éclairer les enjeux de part et d'autres, au niveau des industriels, de la société civile, des toxicologues et des pouvoirs publics, et qu'elle recevra une réponse plus rapide que celle qui se fait toujours attendre au sujet des nanoparticules d'argent.
Le nano-argent, dont les propriétés antibactériennes sont vantées de façon souvent dithyrambique - comme en témoigne encore ce communiqué de presse extatique relayé sur la toile le 24 mai dernier, est intégré de façon croissante dans toutes sortes de produits, sans que le consommateurs soient bien informés de sa présence ni de ses possibles effets toxiques.
Dernier exemple en date, français celui-ci, d'information bien partielle sur les nanos, ce petit article de L'Est Eclair paru le 25 mai dernier : nulle indication des risques environnementaux ou sanitaires des nanoparticules d'argent (notamment), mais au contraire de la pub pour les chaussettes antibactériennes... et ce, malgré l'avis du HSCP (Haut Conseil de la santé publique) de mars 2010 , et le rapport de l'AFSSET (Agence Française de Sécurité de l’Environnement et du Travail) parus le même mois et qui recommandait la restriction voire l'interdiction de certains usages du nanoargent (dans les chaussettes notamment) afin de ne pas prendre de risques inutiles.
Pour en revenir à l'Agence de protection de l'environnement américaine, elle a fait savoir, le 29 avril dernier, qu'elle donnerait une réponse en juin 2010 à la pétition lancée par l'International Center for Technology Assessment (ICTA) en 2008 avec le soutien de treize autres ONG demandant que le nano-argent soit soumis à la législation des biocides (toxiques) afin de limiter son utilisation aux seules applications réellement nécessaires. L'EPA avait préalablement promis une réponse pour décembre 2009. Si cette réponse se fait attendre, et bien que l'on ignore encore dans quelle direction elle s'orientera, elle est néanmoins un gage de l'écoute par l'administration américaine des préoccupations de la société civile.
Parallèlement, l'agence américaine vient d'octroyer des récompenses et des financements à des projets technologiques en matière d'environnement, comprenant notamment des solutions nanotechnologiques...
Dans tous les cas (la demande d'autorisation de déverser des nanoparticules dans le Golfe du Mexique et l'encadrement du nano-argent), espérons que l'EPA tirera les leçons du passé pour les appliquer aux nanotechnologies, comme le demandaient notamment des toxicologues en 2008 dans la prestigieuse revue Nature : "il y a une tendance à justifier les investissements lourds dans toute nouvelle technologie en la promulguant comme solution à tout".
Ainsi que le souligne Gaëlle Guérive du WWF, de nombreuses "solutions" se sont déjà révélées désastreuses au niveau environnemental, comme :
Espérons donc que l'agence américaine qui vient d'octroyer des récompenses et des financements à des projets technologiques en matière d'environnement, comprenant notamment des solutions nanotechnologiques, encouragera aussi la prudence.
Car aussi paradoxal que cela puisse paraître, il est donc urgent d'attendre de connaître les conséquences de l'utilisation des nanotechnologies dans l'environnement si l'on ne veut pas créer des problèmes encore plus grands que celui que nous souhaitions combattre.
La société civile française n'est pas en reste ; l'Alliance citoyenne sur les enjeux des nanotechnologies (ACEN) est là pour contribuer à l'informer et lui donner les ressources nécessaires à son action. Affaire à suivre donc !
- Les nanos, c'est dangereux ?
- Les nanos, vraies ou fausses solutions à la crise écologique ?
- Quels risques pour l'environnement ?
- Les nanoparticules d’argent : antidote ou poison ?
- Quel étiquetage des nanos aujourd'hui ?
La Revue de l'actu des nanos, 1er juin 2010
Mobilisation de la société civile pour défendre l'environnement contre les "fausses bonnes solutions nano"
- Marée de nanoparticules et d'allégations contradictoires contre la marée noire ?
- Vers une régulation du nano-argent ?
- Tirer les leçons du passé
Marée de nanoparticules et d'allégations contradictoires contre la marée noire
Aux Etats-Unis, un reportage de la chaîne Fox a provoqué une levée de boucliers au sein des associations de défense de l'environnement : une entreprise a demandé à l'Agence de protection de l'environnement américaine (EPA) l'autorisation de déverser des nanoparticules dans le golfe du Mexique pour "manger le pétrole" échappé de la plate-forme pétrolière Deepwater Horizon qui provoque une véritable marée noire sur les côtes américaines.
Les Amis de la Terre USA ont lancé l'alerte et, avec le soutien d'autres ONG et scientifiques, adressé une lettre ouverte le 20 mai dernier à l'EPA, afin de contrer cette démarche dont ils redoutent qu'elle pourrait impliquer elle-même des dégâts sur l'environnement.
La fiche de sécurité du produit, l'entreprise Green Earth Techology ne présente aucune information sur le type de nanoparticules en question. Les seules informations fournies initialement par l'entreprise parlaient d'une "émulsion nano", des nanocapsules de 1 à 4 nanomètres de diamètre, dont la nature est protégée... par le secret industriel !
Reprise dans la presse (voir notamment la couverture médiatique réalisée par AOL), l'alerte montre que la société civile a gagné en réactivité et en visibilité sur la question des nanotechnologies - au moins dans le domaine de l'environnement. Mais ainsi que WWF France nous l'a fait remarquer, la prudence est de rigueur tant devant les allégations des entreprises que celles des ONG qui ont lancé l'alerte.
De fait, la compagnie a rétorqué, ce 28 mai 2010, par une lettre ouverte adressée à ses clients et à ses actionnaires, afin de rectifier, selon elle, des affirmations erronées.
Sur son blog 2020Science, le toxicologue Andrew Maynard confirme que l'assimilation des nanoparticules proposées par l'entreprise (des nanomicelles) à d'autres nanomatériaux dont les risques sont plus documentés est réductrice. Mais il souligne aussi que de nombreuses incertitudes demeurent sur leur devenir dans l'eau.
Cette alerte, même si sujette à controverse, a au moins le mérite de soulever des questions de fond sur les risques de certaines nanoparticules et des limites du secret industriel et de l'absence d'étiquetage. Car, ainsi que le souligne François Thoreau, sur Citizen Brain, les firmes se retrouvent face à un intéressant paradoxe dans leur stratégie de communication : vanter la performance technologique inégalée des nanos est intéressant pour décrocher des marchés, mais peut coûter cher si des ONG, l'opinion et les autorités y regardent de plus près - et trouvent, à tort ou à raison - des éléments douteux.
Espérons en tout cas que cet épisode permettra d'éclairer les enjeux de part et d'autres, au niveau des industriels, de la société civile, des toxicologues et des pouvoirs publics, et qu'elle recevra une réponse plus rapide que celle qui se fait toujours attendre au sujet des nanoparticules d'argent.
Vers une régulation du nano-argent ?
Le nano-argent, dont les propriétés antibactériennes sont vantées de façon souvent dithyrambique - comme en témoigne encore ce communiqué de presse extatique relayé sur la toile le 24 mai dernier, est intégré de façon croissante dans toutes sortes de produits, sans que le consommateurs soient bien informés de sa présence ni de ses possibles effets toxiques.
Dernier exemple en date, français celui-ci, d'information bien partielle sur les nanos, ce petit article de L'Est Eclair paru le 25 mai dernier : nulle indication des risques environnementaux ou sanitaires des nanoparticules d'argent (notamment), mais au contraire de la pub pour les chaussettes antibactériennes... et ce, malgré l'avis du HSCP (Haut Conseil de la santé publique) de mars 2010 , et le rapport de l'AFSSET (Agence Française de Sécurité de l’Environnement et du Travail) parus le même mois et qui recommandait la restriction voire l'interdiction de certains usages du nanoargent (dans les chaussettes notamment) afin de ne pas prendre de risques inutiles.
Pour en revenir à l'Agence de protection de l'environnement américaine, elle a fait savoir, le 29 avril dernier, qu'elle donnerait une réponse en juin 2010 à la pétition lancée par l'International Center for Technology Assessment (ICTA) en 2008 avec le soutien de treize autres ONG demandant que le nano-argent soit soumis à la législation des biocides (toxiques) afin de limiter son utilisation aux seules applications réellement nécessaires. L'EPA avait préalablement promis une réponse pour décembre 2009. Si cette réponse se fait attendre, et bien que l'on ignore encore dans quelle direction elle s'orientera, elle est néanmoins un gage de l'écoute par l'administration américaine des préoccupations de la société civile.
Parallèlement, l'agence américaine vient d'octroyer des récompenses et des financements à des projets technologiques en matière d'environnement, comprenant notamment des solutions nanotechnologiques...
Tirer les leçons du passé
Dans tous les cas (la demande d'autorisation de déverser des nanoparticules dans le Golfe du Mexique et l'encadrement du nano-argent), espérons que l'EPA tirera les leçons du passé pour les appliquer aux nanotechnologies, comme le demandaient notamment des toxicologues en 2008 dans la prestigieuse revue Nature : "il y a une tendance à justifier les investissements lourds dans toute nouvelle technologie en la promulguant comme solution à tout".
Ainsi que le souligne Gaëlle Guérive du WWF, de nombreuses "solutions" se sont déjà révélées désastreuses au niveau environnemental, comme :
- les engrais et pesticides chimiques, initialement utilisés pour "assainir" ou "enrichir" des milieux, dont les études prouvent désormais avec de plus en plus d'acuité leurs effets très négatifs sur l'environnement et la santé
- les sacs fragmentables et oxo-dégradables, qui ne font que disparaître de notre champ de vision plus rapidement mais laissent les produits de leur dégradation dans l'environnement, créant une pollution encore plus diffuse
- les agrocarburants et "bioplastiques", censés présenter des alternatives naturelles à l'utilisation de pétrole, mais qui créent en fait une concurrence des terres autrefois destinées à l'agriculture vivrière.
- ou encore... les forages et l'exploitation pétrolière et minière dont Jean Paul Baquiast montre comment ils illustrent la sous-évaluation des risques industriels ?
Espérons donc que l'agence américaine qui vient d'octroyer des récompenses et des financements à des projets technologiques en matière d'environnement, comprenant notamment des solutions nanotechnologiques, encouragera aussi la prudence.
Car aussi paradoxal que cela puisse paraître, il est donc urgent d'attendre de connaître les conséquences de l'utilisation des nanotechnologies dans l'environnement si l'on ne veut pas créer des problèmes encore plus grands que celui que nous souhaitions combattre.
La société civile française n'est pas en reste ; l'Alliance citoyenne sur les enjeux des nanotechnologies (ACEN) est là pour contribuer à l'informer et lui donner les ressources nécessaires à son action. Affaire à suivre donc !
- Les nanos, c'est dangereux ?
- Les nanos, vraies ou fausses solutions à la crise écologique ?
- Quels risques pour l'environnement ?
- Les nanoparticules d’argent : antidote ou poison ?
- Quel étiquetage des nanos aujourd'hui ?